Une vocation précoce

Cela fait trois ans que Rosalie F, 17 ans, demeurant à Sainte-Marie, concentre tous ses efforts vers un seul but : aller au Japon. Son rêve s’est concrétisé cette année et elle a séjourné plus d’un mois à Tokyo l’été passé. Son enthousiasme, sa joie nous ont séduit et nous l’avons rencontrée pour essayer de mieux comprendre.

À dix ans, Rosalie s’intéressait déjà à la culture japonaise. Une amie, fan de mangas et de films d’animation japonais lui avait fait découvrir Miyazaki, auteur entre autres du Voyage de Chihiro ainsi que les différentes réalisations du Studio Ghibli. Séduite, Rosalie a eu envie d’en savoir plus, de comprendre ce pays dont elle commençait à appréhender la culture et plus prosaïquement la cuisine. Enthousiasmée par ce qu’elle découvrait tout lui paraissait magnifique et magique.

Une chance extraordinaire : le lycée Antoine de Saint-Éxupéry

Son attirance pour la culture japonaise se développant, Rosalie commença à apprendre seule le japonais à partir de la classe de 4°. C’est dire la détermination de ce petit bout de jeune fille qui s’accrocha sans préparation aucune à une difficulté linguistique majeure pour un Européen. Lorsqu’elle entre enfin au lycée Antoine de Saint Exupéry à La Rochelle, elle est ravie de pouvoir prendre Japonais en 3e langue et de suivre des cours construits. Le lycée Saint-Exupéry est l’un des 15 lycées en France à posséder le Label Langue et à proposer des cours de japonais. À La Rochelle, le professeur est Japonais et travaille en relation avec l’association-franco-japonaise Shiosaï (le bruit du ressac) de La Rochelle. Si bien que les élèves bénéficient des événements culturels organisés par l’association, telle la visite de l’exposition Samouraï au château des Ducs de Bretagne à Nantes, le Festival du cinéma Japonais de La Rochelle ou l’Ohana Mi, la poétique fête du printemps.

Le lycée Saint-Exupéry organise depuis une vingtaine d’années des échanges avec le lycée Musashi de Tokyo. Chaque année deux élèves de terminale L (Littéraire) sont sélectionnés et s’envolent vers Tokyo et deux adolescents Japonais sont, en retour, reçus à La Rochelle. Inutile de dire que la concurrence est rude pour ces deux places et qu’elle décuple l’esprit de compétition de ces jeunes gens avides de s’immerger dans la réalité japonaise. Ils partent à la fin de leur 3e année de japonais, lorsqu’ils ont appris les deux alphabets, les hiragana et les katakana, ainsi qu’un certain nombre de Kanji (idéogrammes japonais) leur permettant de ne pas se sentir complètement perdus dans un environnement sonore totalement japonais et afin de se faire comprendre des familles qui les accueillent.

Un enchantement confirmé et une première étape vers l’indépendance

Après un voyage de 12h au-dessus de la Russie et de la Chine, Rosalie atterrit à l’aéroport international de Tokyo Narita où l’attendaient deux des trois familles chez qui elle résidera durant son séjour. Premier contact, dont elle dit dans son vocabulaire d’adolescente : « Déjà, je n’y croyais pas ». Elle est tellement heureuse qu’elle va tout trouver formidable. Mais en digne descendante de Descartes, elle réussit, malgré son jeune âge, à analyser et à comprendre ce qui lui plaît tant dans ce monde éloigné du nôtre. Dès la sortie de l’aéroport elle monte à bord d’un shinkansen, ces trains à grande vitesse, aménagés de manière plus astucieuse que les nôtres. Côté transports sa première impression se confirmera : propreté, efficacité, ponctualité, clarté des indications sont les maître mots de ce secteur. Le respect du client, le sens du service, la politesse se retrouvent dans tous les domaines, aussi bien à l’école que dans les magasins ou à l’école. Son séjour débute par un camp au Mont Akagi ou le lycée Musashi possède une auberge traditionnelle. Elles sont 5 filles entourées de 40 garçons. Ceux-ci n’auront à aucun moment un geste ou une parole déplacés ! Les petites Françaises n’ont pas l’habitude et elles apprécient. Les japonais sont un peuple discipliné et lorsqu’il faut faire une queue, personne n’essaye de piquer la place d’un autre mieux placé. La cuisine est bien présentée, mais elle est aussi délicieuse et abordable lorsque l’on mange à l’extérieur. Quant aux bento contenant les repas des adolescents et des travailleurs, ils sont tellement beaux que l’on a envie de les collectionner.

Les Japonais qui peuvent nous apparaître, à nous autres occidentaux, froids, savent en réalité gérer leurs émotions et garder pour eux ce qui relève de l’intimité. Rosalie, reste émue de l’accueil que les familles lui ont réservé et de la façon dont elles l’ont entourée durant tout son séjour. Au-delà de la séduction première de la nouveauté, Rosalie a découvert un modèle de société qui lui convient et un mode de vie qu’elle aime.

Quel avenir pour cette adolescente super motivée ?

Reste à savoir vers quel projet cet intérêt passionné la conduira? Poursuivre des études de Japonais sur le plan universitaire à La Rochelle est impossible. On s’étonne un peu de posséder l’un des rares lycées à enseigner le Japonais et qu’aucune suite ne soit prévue pour les étudiants dans le cycle supérieur. Pour continuer à apprendre le Japonais, Rosalie devra se rendre à Bordeaux ou à Paris. Cela représente un investissement lourd pour sa famille. Elle se demande, si tant qu’à faire de débourser un loyer, il ne serait pas plus profitable qu’elle termine ses études au Japon en faisant des petits boulots.

On se demande parfois pourquoi la France est en retard dans l’internationalisation de ses scientifiques, chercheurs et enseignants…La réponse est que dès que l’on sort d’un circuit traditionnel, tel que vouloir aller terminer ses études au Japon, il ne faut s’attendre à aucune aide.

Catherine Bréjat

La classe de 1e dans laquelle Rosalie se trouvait au lycée Musashi
La classe de 1e dans laquelle Rosalie se trouvait au lycée Musashi
Rosalie à gauche devant le temple bouddhiste à Nikko
Rosalie à gauche devant le temple bouddhiste à Nikko
Soirée origami entre lycéens japonais et français
Soirée origami entre lycéens japonais et français
Le Mont Fuji pris du 38e étage par Rosalie depuis l'appartement qu'elle habita à un momùent de son séjour
Le Mont Fuji pris du 38e étage par Rosalie depuis l’appartement qu’elle habita à un moment de son séjour