Christophe Labrousse : un homme en devenir

Christophe Labrousse dans le jardin du Collège Savio
Christophe Labrousse dans le jardin du Collège Savio

Pédagogue, directeur-fondateur du collège Dominique Savio, Christophe Labrousse cache sous un front lisse et une silhouette élégante, une personnalité très construite. Il a fêté ses 50 ans cette année, date charnière pour le devenir de son existence. Portrait.

Fils ainé de commerçants aisés de Charente-Maritime, cet enfant épris d’idéal et d’harmonie a le sentiment d’être né au mauvais endroit, dans une famille avec laquelle il n’a rien à voir

La scolarité de Christophe se passe bien ; il travaille beaucoup, par goût et pour se faire reconnaître, mais ne réussira jamais à correspondre à ce que ses parents attendent de leur descendance. Inconsciemment peut-être, fait-il exprès de ne pas répondre à leurs attentes… C’est une famille où l’on ne se parle pas et dans laquelle les enfants n’ont qu’un droit, celui de se taire. Christophe développera ainsi son aptitude à écouter ainsi qu’à observer.

Vers six ans, il découvre la magie de la musique à travers les chants de la chorale de Jacques Dussouil à l’église Notre-Dame de Royan. C’est une révélation. La musique lui permettra de s’épanouir dans la joie et lui offrira des rencontres enrichissantes. L’harmonie est une recherche constante de l’existence de Christophe, qu’il s’agisse de sa vie personnelle ou de celle des Saviotins à qui il souhaite « faire écrire une partition qui sonne juste avant qu’ils ne quittent le Collège Savio. ». Il est d’ailleurs sensible à toute forme d’expression artistique, que ce soit la musique, la peinture ou le théâtre.

Il s’échappera le plus tôt possible de ce milieu familial fermé, plein de préjugés et de jalousie latente en poursuivant des études universitaires à Poitiers. Parallèlement, il est surveillant d’externat dans un collège de Royan où on lui propose d’assurer les cours de Français d’une classe de cinquième pour enfants en difficulté. Une licence de Lettres modernes et un DEUG d’Histoire de l’art en poche, il se rend à Paris où il fréquente les cours d’histoire et de philosophie de la Sorbonne et s’informe de tout ce qui est sciences de la pédagogie. Il ne sait pas encore précisément ce qu’il veut faire de sa vie professionnelle, mais il est certain que ce sera dans l’enseignement ; il aimerait travailler avec des adolescents car cette période de la vie est un moment-clé de leur devenir. Mais à condition de le faire à sa manière. Et dans ce domaine, le jeune homme issu d’une petite bourgeoisie, plutôt traditionnelle, a des idées révolutionnaires

Sur le plan personnel, il se cherche. Un premier mariage se terminera mal : il n’est pas prêt et doit encore se construire. Sa conscience, toujours inquiète, a besoin d’un interlocuteur bienveillant qui l’aide à devenir lui-même et à se débarrasser du carcan de son éducation. C’est avec Isabelle, sa seconde épouse, qu’il va prendre le contrôle de sa vie. C’est avec elle également qu’il se lancera dans la folle aventure du Collège Savio. Leur couple, solide, résiste à tout : aux problèmes matériels aussi bien qu’à la suspicion ou à la calomnie dont ils ne manqueront pas d’être l’objet lors des années difficiles de la création de leur établissement scolaire. Christophe se sent bien dans cette cellule familiale où le rôle qui lui est imparti correspond à sa conception du monde. Honnêteté, droiture, implication caractérisent le chef de famille sur qui Isabelle peut se reposer, même si c’est elle, qui disposant du recul nécessaire, le recadre de temps à autre pour lui permettre de mieux rebondir.

À 32 ans, une nouvelle vie s’offre à Christophe

En 1999, son père décède à l’âge de 57 ans. Christophe a 32 ans et lorsqu’il évoque cette période, il dit : « J’ai commencé à vivre à ce moment-là. » Il accompagne son père jusqu’à son dernier soupir et se préoccupe des obsèques. Une page se tourne et il tient à ce qu’elle le soit décemment, a contrario de la manière dont son père a vécu.

Sa vie commence à 32 ans. C’est peut-être l’explication de cette urgence qui le conduit d’une activité à une autre sans jamais s’arrêter. Rattraper le temps perdu, tester ses limites pour mieux apprécier qui il est et ce qu’il peut réaliser. À Savio, il n’a plus rien à prouver. À Saint-Léger de la Martinière, dont il s’est retrouvé maire alors que cela ne faisait pas partie de ses objectifs, il a découvert que la vie publique l’intéressait, maintenant qu’il est sûr de lui et plus mûr. Vice-président des Affaires scolaires à la Communauté de communes du Mellois, il y a fait du bon travail, mais ce qui lui reste de naïveté, cette part d’innocence qu’il porte encore en lui et le rend sympathique, lui a joué des tours. Il a cru que compétence et dignité suffiraient à le faire réélire à ce poste lors des différentes fusions qui ont donné naissance, en début d’année 2017, à l’Établissement Public de Coopération Inter (EPCI). Désormais, il sait que la bienséance n’est pas forcément de mise dans la vie publique et qu’il faut s’exposer et faire campagne.

Christophe Labrousse vient de terminer le manuscrit d’un second livre, très différent du premier, fruit de vingt ans d’expérience et d’observation, qui donne du sens à l’école de demain et montre en même temps le chemin parcouru depuis la rédaction de son premier ouvrage..

En fait, Christophe a besoin de compétition pour se sentir exister. Il exige toujours plus et mieux de lui-même. Mais quelle sera la taille du prochain challenge, alors qu’il vient d’aborder le virage de la cinquantaine et son cortège de questionnements ? Il a atteint sa pleine maturité intellectuelle et il est à la recherche d’une nourriture qui corresponde et soit capable d’alimenter son évolution profonde.

Catherine Bréjat – 18 juillet 2017