Port-des-Vents : une saga rythmée par le vent et l’océan

Hortense Dufour fait partie de nos grands écrivains. Cela ne se sait pas assez et c’est dommage. Port des-Vents, paru cet été, est une belle occasion de redécouvrir son talent.

Née en Charente-Maritime, Hortense passe son enfance et son adolescence à Marennes où son père est magistrat. C’est ce territoire à l’ambiance si particulière, cette terre des extrêmes qui forgera la future écrivaine.

Après de brillantes études en lettres modernes à la Sorbonne, elle publie son premier roman La Femme buissonnière , en 1971, auquel succède La Marie-Marraine et son Grand Prix des Lectrices de Elle, 1978, porté à l’écran sous le titre L’empreinte des géants. Hortense est lancée, elle est désormais une auteure à succès, même si cette réussite n’entame en rien son authenticité. Suivra une production riche et dense, couronnée de récompenses : Prix du Livre Inter en 1983 pour Le Bouchot, Grand Prix de l’Académie de Saintonge et Médaille de Chardonne en 1990 pour La Fille du saunier, Prix des Mouettes en 2006 pour Le Bois des abeilles et un Prix Hortense Dufour, marraine de la médiathèque de Marennes, est créé en 2010 à l’initiative du Lion’s Club de Marennes Oléron.

Une terre des extrêmes

Le lien avec Marennes est si fort, qu’on le voit réapparaître régulièrement, véritable toile de fond de certains romans. Tel est le cas dans son dernier ouvrage : Port-des-Vents. Port-des-Vents est un livre sur le courage et, comme aime à le dire Hortense, « dans le mot courage, il y a cœur (1) ». Ici, il y a le courage des habitants de ce village charentais-maritime, qui vivent et travaillent sur l’océan et le courage admirable de cette lignée de femmes qui « rebâtissent sans cesse ce que le vent détruit ». Ce vent « qui attise les passions, tel un dieu redoutable, actif, positif et destructeur, grande force de la nature qui peut se retourner contre l’homme(1) .» À travers l’histoire de quatre générations, Hortense Dufour dessine des portraits de femmes à la fois fortes et fragiles, dont les compagnons sont morts et qui, regroupées autour d’Adèle, l’aïeule, font face aux difficultés de la vie. Au-delà de la vie, ces « passeuses » transmettent une sagesse liée à la terre à laquelle elles appartiennent. Aucune ne quittera le village sauf Elena, la petite dernière, qui revient lorsque « le rouge forcené des géraniums mêlé d’un bleu teinté de vert sombre » embellit la saison estivale. Tout comme Hortense, des étés durant, est revenue dans le jardin de sa mère « un miracle de beauté » (1). Car ce texte est aussi l’occasion pour l’auteure de faire le point avec elle-même : « Plus une vie avance, plus on rejoint les premières lumières initiatiques de la jeunesse (1). »

D’une langue somptueuse, Hortense Dufour nous parle d’histoires éternelles de passion, de courage et de responsabilité dans cette terre des extrêmes où la férocité du vent est telle que l’on ne peut tricher et qui inspire autant le peintre que l’écrivain.

Catherine Bréjat – Novembre 2017 –

 

Port-des- Vents – Presses de la Cité, collection Terre de France – 320 pages

(1)– Entretien avec l’auteure, septembre 2017

Article paru dans RMO à la Hune (Novembre 2017